Trump 2.0 : L’impact sur la tech au Québec
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche marque le début d’une ère d’incertitude radicale pour l’économie canadienne, et plus spécifiquement pour le secteur technologique québécois. Avec une rhétorique protectionniste plus agressive que jamais, promettant des tarifs douaniers universels de 10 % à 20 %, la « Belle Province » se retrouve dans l’œil du cyclone. L’intégration profonde de nos chaînes d’approvisionnement avec celles des États-Unis, qui était autrefois notre plus grande force, pourrait bien devenir notre talon d’Achille dans ce nouveau paradigme économique.

La fin du libre-échange tel qu’on le connaît ?
La révision prévue de l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) en 2026 s’annonce houleuse. Contrairement à son premier mandat, l’administration Trump 2.0 semble déterminée à rapatrier non seulement la manufacture traditionnelle, mais aussi la production technologique et l’innovation numérique. Pour l’écosystème tech de Montréal et de Québec, qui dépend massivement des capitaux et des clients américains, le risque de découplage est réel et inquiétant.
Le Québec en première ligne : 5 secteurs critiques
Si l’ensemble du Canada est visé, le Québec possède des fleurons industriels et technologiques particulièrement exposés aux nouvelles politiques de « l’Amérique d’abord ». Voici les points de friction majeurs identifiés par les analystes :
1. Bombardier et l’aérospatiale : Le spectre des tarifs
L’industrie aérospatiale québécoise garde un souvenir amer de la saga C-Series. Avec le retour des taxes punitives potentielles, Bombardier pourrait voir ses jets d’affaires, dont une grande partie est destinée au marché américain, frappés de nouveaux tarifs. L’objectif de Washington est clair : forcer la production sur le sol américain, menaçant ainsi des milliers d’emplois hautement qualifiés à Dorval et Mirabel.
2. L’Aluminium du Saguenay : Un coût pour la Tech
L’aluminium vert du Saguenay–Lac-Saint-Jean est essentiel pour les géants de la tech comme Apple (châssis de MacBook/iPhone) et Tesla (carrosseries). Si Trump réactive les tarifs de la « Section 232 » sur l’aluminium canadien au nom de la sécurité nationale, cela augmentera directement les coûts de production de ces géants. Le risque ? Que ces entreprises se tournent vers des fournisseurs américains subventionnés, ou que la demande globale baisse, frappant de plein fouet nos alumineries.
3. Lion Électrique et le mur du « Buy American »
Le constructeur de véhicules lourds électriques de Saint-Jérôme mise gros sur le marché scolaire américain. Cependant, un renforcement des règles « Buy American » pourrait exclure Lion Électrique des lucratifs contrats publics fédéraux et étatiques aux États-Unis, à moins d’accélérer encore plus leur production dans l’Illinois au détriment des usines québécoises. C’est un dilemme existentiel pour l’avenir manufacturier de la province.
4. Hydro-Québec : L’énergie propre sous tension
Le contrat historique pour alimenter New York via la ligne Champlain Hudson Power Express est une victoire majeure pour Hydro-Québec. Mais dans une optique de « domination énergétique » américaine prônée par les Républicains, l’importation d’électricité étrangère pourrait être politisée. Bien que peu probable techniquement à court terme, l’imposition de tarifs sur l’énergie ou des barrières réglementaires pour favoriser les centrales au gaz américaines n’est plus de la science-fiction.
5. CGI et les services TI : La forteresse numérique
CGI, géant mondial des services TI basé à Montréal, tire une part significative de ses revenus des contrats gouvernementaux américains. Une administration Trump focalisée sur la sécurité nationale pourrait restreindre l’accès aux contrats fédéraux sensibles pour les firmes étrangères, même alliées. Le protectionnisme numérique pourrait forcer CGI à cloisonner davantage ses opérations américaines, réduisant les synergies avec son siège québécois.
Conclusion : L’urgence de la diversification
Le Québec ne peut plus se permettre d’attendre. La stratégie économique de la province a longtemps reposé sur l’accès privilégié au marché américain. Avec ce privilège menacé, l’industrie technologique québécoise doit urgemment diversifier ses marchés vers l’Europe et l’Asie, tout en consolidant sa résilience interne. Les quatre prochaines années ne seront pas un simple vent de face, mais une véritable tempête commerciale.